Reportages, par Charline Burton

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Haleluya Nkurunziza!

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Seuls 23% des Burundais ont suivi l’appel au boycott des élections lancé par l’opposition. Avec 91% des suffrages, Pierre Nkurunziza, candidat unique à sa propre succession, est donc reconduit à la présidence jusqu’en 2015. Portrait de l’homme fort du Burundi.

Sur la scène dressée au milieu du terrain vague, Pierre Nkurunziza chante en balançant ses mains dans l’air. Derrière lui, les membres de la chorale Komeza Gusenga – « continuer à prier », formée d’anciens compagnons d’armes du président – portent des chemises en pagnes à son effigie. Nous ne sommes pas à l’une des croisades de prière qu’organise une fois par an ce fervent « born again ». Non, nous avons fait un petit bond dans le passé, pour revenir dans la campagne électorale qui a emmené l’unique candidat à la présidentielle aux quatre coins du pays durant quinze jours.

Dans cette campagne de grande envergure – menée « avec utilisation récurrente des ressources de l’Etat », selon la mission d’observation de l’Union Européenne – Petero, comme il se fait appeler, a surtout parlé des acquis du passé. Deux mesures prises au cours de son mandat ont surtout compté : la gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de cinq ans ; et l’école primaire gratuite. Jugées par certains comme populistes car difficilement tenables à long terme pour une économie déjà très fragile, ces mesures ont pesé bien plus lourd dans les esprits que les allégations de durcissement du régime ou de corruption (le Burundi est classé 13ème pays le plus corrompu au monde).

Car au Burundi, ce pays le moins urbanisé au monde, 90% de la population ne vit que de l’agriculture de subsistance et 1 personne sur deux gagne moins d’un dollar par jour. Face à une telle pauvreté, ces mesures de gratuité ne pouvaient que jouer en faveur de Nkurunziza, augmentant – encore un peu plus – son capital sympathie auprès de la population rurale.

En effet, depuis le premier jour de son investiture, Pierre Nkurunziza a su se faire aimer des campagnes. Délocalisant son bureau quatre jours par semaine en province, il a passé la plupart de son temps loin de Bujumbura, la capitale. Avec lui, le samedi est devenu journée de travaux communautaires; sur toutes les collines, on l’a vu porter des briques ou des seaux d’eau sur sa tête pour bâtir des écoles. Désireux de faire du Burundi un pays d’exportation d’arbres fruitiers, il a lui-même planté des avocatiers un peu partout dans le pays. Toujours accompagné de son équipe de foot – l’Haleluya F.C. – et de sa chorale chrétienne, il a fait du sport et prié avec la population. Cette proximité, qui a fait de lui un président ultra-populaire à la campagne, lui a pourtant valu les reproches de l’intellect urbain, qui juge que le rôle d’un chef de l’état n’est pas de jouer au football avec ses administrés. Mais chez les Burundais de la campagne, les « avocats Nkurunziza » ont bien plus marqué que les « billets du policier », surnom donné aux billets de 2000 francs réclamés par certains policiers corrompus de la capitale.

Enfin, pour se faire réélire, cet ancien professeur d’éducation physique devenu chef rebelle en 1995 puis homme politique en 2004, lors de la transformation de son groupe armé en parti politique (CNDD-FDD), a mis en avant la paix revenue. « Nous étions veufs, orphelins » lançait-t-il lors de chaque meeting électoral. «Mon projet à moi c’était la paix et la stabilité, et nous avons réussi : aujourd’hui 500.000 réfugiés ont pu revenir au pays».

Si la stabilité est bel et bien revenue, ce retour des réfugiés a pourtant mis en exergue une réalité que les Burundais acceptent difficilement : la réduction de leurs terres à une peau de chagrin. Car dans ce minuscule pays où la terre est l’unique étalon de richesse, la démographie galopante est une véritable bombe à retardement. Dans sa campagne électorale, Pierre Nkurunziza a promis de mettre en place une politique de sensibilisation pour la limitation des naissances, pour que les Burundais ne fassent que les enfants qu’ils peuvent éduquer et nourrir décemment. Nkurunziza, lui, a déjà cinq enfants, et pour ce président de papa, assuré de repartir pour cinq ans de plus, les mesures de limitation ne sont pas de mise : « Il pourrait même en faire trente, s’il le voulait », plaisante son responsable en communication…

Quelques liens externes: Présidence burundaiseMission d’observation de l’Union Européenne

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Written by Charline

8 juillet 2010 à 09:23

Publié dans burundi, portraits

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Une Réponse

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  1. Hello Charline,
    Content de te lire ; on s’était croisés quelques fois à l’époque de ton passage au GRIP et c’est Julie Robeet qui m’a fait découvrir ton blog que je lis avec plaisir, et intérêt aussi puisque je suis d’assez près la situation dans la région.
    Je t’envoie donc un petit commentaire, pour t’encourager et te féliciter, et aussi pour pouvoir être averti par courriel de tes prochains posts 😉
    Bonne continuation,
    Manu Klimis

    Manu Klimis

    8 juillet 2010 at 12:40


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